Delirium tremens, Ken BRUEN, Folio policier

Publié le par Mary B.

Le Grogan's n'est pas le plus ancien pub de Galway. C'est le plus ancien pub de Galway à ne pas avoir changé.

Alors tout le reste devient

Unisexe

Allégé

Karaoké

Excessif.

Il reste fidèle au style d'il y a cinquante ans ou plus. Au-delà du classique. Crachats et sciure par terre, siège en bois, stock limité.

Les boissons sans alcool pour ados n'a pas encore été admis.

C'est un endroit sérieux pour boire sérieusement. Pas de videurs avec des talkies-walkies à l'entrée. Ce n'est pas un pub qu'on trouve facilement. Vous remontez Shop Street, vous laissez Garavan, vous prenez une minuscule ruelle et vous voilà arrivé.

J'aime ce pub car c'est le seul qui ne m'a jamais interdit l'entrée. Jamais, pas une seule fois.

Aucune décoration au bar. Deux crosses de hurling sont croisées au-dessus d'un miroir tacheté. Plus haut encore, il y a un triple cadre. On y voit un pape, saint Patrick et Jonh F. Kennedy. JFK est au centre.

Les saints irlandais.

 

Galway, Irlande. Le dernier voyage d'un président avant qu'on l'assassine, des rangées fantasques de façades colorées qui défient le gris permanent du ciel, la pluie de Galway est capable de noyer presque toutes les prétentions, une baie magique d'où s'admirent les arcs-en-ciel providentiels et les eaux glaciales de l'Atlantique nord. Trois B&B par habitant : dernière escale des marcheurs du monde entier avant le Connemara. Un port en somme, où échouent les épaves comme Jack Taylor, un ancien flic devenu privé, après avoir cassé la gueule d'un ministre. Triste condition : il n'y a pas de détectives privés en Irlande. Les Irlandais ne le supporteraient pas. Le concept frôle de trop près l'image haïe du "mouchard". Vous pouvez faire quasiment n'importe quoi en toute impunité, sauf moucharder.

 

La deuxième fois, j'ai tenu deux jours. Je faisais des bonds sur place. Putain, mec, j'ai fait une entrée fracassante dans le bar.

 

Jack a donc installé son bureau au Grogan's, sous le haut patronage du taulier Sutton. C'est là qu'il traîne sa mélancolie, son cynisme même et noie son ennui dans la Guiness et parfois la tequila.

Delirium tremens constitue la première enquête de Jack Taylor.

Ann le contacte pour enquêter sur la mort de sa fille, une jeune adolescente, persuadée qu'elle ne s'est pas suicidée.

Jack cherche, se perd, picole, s'endort quelque part, se réveille ailleurs et finit par trouver.

L'alcool, les hauts, les bas, la sensation de tourner jusqu'au vertige confèrent son véritable intérêt au livre, bien plus que l'enquête elle-même.

 

Seuls les livres comptent

 

Jack Taylor s'exprime à la première personne et ponctue sa narration de références littéraires qui vont de Thomas Lynch à Gustave Flaubert. Prétexte de Ken Bruen pour rendre hommage à ses maîtres et venir placer son polar dans le polar, lui qui fait lire Patricia Cornwell à une bonne sœur du couvent carrément médiéval de Poor Clare. Mais elle avoue tout de même préférer Kathy Reichs.

Le récit est aussi entrecoupé de chansons irlandaises, à boire sans doute, d'une référence cinématographique à Sophia Loren et d'une évocation du peintre Francis Bacon dont les autoportraits défigurés ressemblent assurément au visage bouffi de Jack Taylor.

Pour visiter la reproduction de son atelier, il faut se déplacer à Dublin, à deux heures de route.

Jack, lui, ne pourra pas tituber jusque là.

Mary B.

Informations sur le livre :

 

Titre : Delirium tremens

 

Auteur : Ken BRUEN

 

Éditions : Folio policier

 

ISBN : 978-2-07-032091-2

 

Prix : 8,20 €

 

 

Delirium tremens, Ken BRUEN, Folio policier
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article